Cyrille Weiner, révélateur d’atmosphère

Karine Guilbert, décembre 2016

 

Dans son travail photographique sur les constructions de Patrick Bouchain, Cyrille Weiner a souhaité mettre en valeur les ambiances et valoriser l’imaginaire du regardeur.

Bien qu’il réfute le qualificatif de « photographe d’architecture », Cyrille Weiner a développé une grande proximité avec l’art de la construction. C’est dans son petit bureau au sein de l’agence d‘architecture Laisné-Roussel à Montreuil, qu’il retrace dix ans de collaboration et de relation « presque familiale » avec Patrick Bouchain. En 2005, le photographe est sollicité par le directeur de Villa Noailles à Hyères, pour une exposition sur l’architecture de spectacle de Patrick Bouchain. Jean-Pierre Blanc lui donne carte blanche pour donner sa vision d’une dizaine de réalisations : théâtre Zingaro, Grange aux lacs, Académie Fratellini, etc…

Pendant quelques semaines entre décembre et janvier, dans des lumières hivernales, Cyrille Weiner enchaîne les prises de vues en toute liberté. «Bouchain travaillant essentiellement avec le dessin et très peu en 3D, il n’avait pas d’a-priori sur la représentation de ces constructions. Mes photos arrivaient un peu comme des premières images. J’ai pu avoir une approche très fraîche, en travaillant sur les ambiances et les traces d’usages. Ma seule contrainte était de proposer au moins une photo extérieure du bâtiment.» Pour le caravansérail de la ferme du Buisson à Noisiel, il privilégie l’arrière de l’installation, la sortie de secours. «Ce point-de-vue me semblait bien refléter l’esprit de la tente nomade » justifie Cyrille Weiner. «L’entrée principale évoquait tout autre chose, qui aurait pu être celle d’un gymnase par exemple. »

 

Des intérêts communs
De ce premier projet « séminal », une collaboration s’est développée aux formes multiples (prise de vues, scénographie, édition…) et nourrie par un échange régulier. Au fil des années, les deux hommes se sont découverts des intérêts ou des terrains de jeux communs comme cette zone périurbaine du côté de la défense, axe historique de communication de l’ouest parisien devenu friche végétale (1). Weiner se retrouve dans la philosophie de son aîné, son rapport au monde, son intérêt pour les initiatives «venues d’en bas ». « A ses côtés, j’ai modifié ma façon de voir l’architecture. J’ai compris l’importance de l’humain. Bouchain a souvent accompagné des artistes dans leur aventure, jusqu’à s’impliquer d’un point de vue politique pour faire aboutir les projets. »

 

Suggérer l’architecture
Pour documenter l’ambiance de travail dans l’atelier Construire, l’artiste a par exemple choisi de troquer sa chambre photographique, pour un appareil polaroïd. Obtenir des tirages instantanés était sa façon de se mettre au diapason de l’esprit du chantier perpétuel. «Construire fonctionne comme un atelier de fabrication, avec de nombreuses maquettes, dessins, et petits objets. Le polaroïd m’a permis de produire à mon tour quelque chose avec l’équipe. » Le photographe aborde souvent un projet de biais, en ne montrant qu’une partie de la réalisation, charge ensuite au « cerveau d’imaginer le reste.» «Je n’aime pas utiliser l’objectif grand angle qui permet de tout montrer dans une seule photo. Cette approche de l’image est trop utilitariste et réductrice.» Sa vision plus suggestive, se retrouve notamment dans la série sur l’école de Saint-Jacques de la Lande. De nombreuses vues prises depuis la cour-jardin, mettent en valeur l’environnement. L’édifice, une école temporaire pouvant se transformer en maisons d’habitation, n’apparait que par fragments. Finalement, quel serait le projet le plus emblématique de cette collaboration ? Selon Weiner, il reste encore à venir sous la forme d’un livre-somme qui « permettrait faire mieux connaître le travail de Bouchain, notamment à l’étranger.» Le photographe y travaille.

(1) L’essai photographique  La fabrique du pré , a valu au photographe le prix Lucien Hervé et Rodolphe Hervé en 2012.

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