Avenue Jenny
Nanterre, 2001

Nous ne discernons plus dans ce qui nous entoure le signe d’une présence. Nous dévorons le temps, l’espace, les connaissances, et nous les objectivons, tristement rivés à la marche du temps.

Prisonniers d’une logique de consommation, nous projetons dans la réalité, dans notre entourage et les paysages eux-mêmes, nos fantasmes d’accumulation et de croissance. Plus près du rêve que de la réalité, évoluant autour de nos besoins et de leur satisfaction, nous perdons toute notion de limite.

L’expansion urbaine semble ne jamais vouloir marquer de pose. L’espace doit être organisé, planifié, construit et habité selon des normes pour rentabiliser au mieux l’adéquation du citoyen avec la proximité de son bassin d’emploi. Ces normes ne font que peu de cas des habitants.

[expand title= »read more »] L’ancienne organisation sociale est détruite, les sites sont repensés puis bouleversés et modifiés avant d’être repeuplés et intégrés à la ville. 
Il existe pourtant, à la périphérie des centres urbains, des lieux fragiles, hors du temps et de la croissance, où la vie s’est aménagée des répits. Des lieux où des petits pavillons sans âge côtoient des rosiers centenaires, des haies protectrices d’intimité, des tables en bois qui ont connu l’absinthe, des coins et des recoins d’herbe, de lierre et de vieux cerisiers… La société y a aussi implanté ses verrues : des casses de véhicules, des déchetteries, des clôtures abandonnées, des herbes folles qui rendent imprécise la différenciation entre les domaines publics et privés.

La ville avance, précédée par les lettres d’expropriation et leur cortège de tracas, de drame et de déracinement. Le cadre de vies entières est promis à une destruction totale et brutale.

Site en devenir, plein de vie et de désir. Des hommes y sont libres mais le danger les guette. Bientôt des promoteurs les chasseront. Espace de choix, de libre arbitre, d’échanges et de partage, de respect et de civilité. Espace rare et fragile, ta réalité va se réduire au souvenir. Tes enfants n’y peuvent rien. Un jour prochain, ils réuniront leurs biens et s’en iront, tournant tous, du plus jeune au plus vieux, une page de leur existence et un chapitre de leur mémoire. CW

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