Jour de Fêtes

Attiré par le ciel qui s’illumine au-dessus de la forêt, je m’engouffre à la recherche de la provenance de cette orée fluorescente. En périphérie du monde urbain s’installe l’univers éphémère des fêtes foraines vers lequel je me dirige avec l’appétit d’y trouver des formes d’appropriation inattendues.
L’œil dans la pénombre ne perçoit guère ce que le très long temps de pose de la chambre photographique va révéler. Je sollicite mon imagination afin de pressentir ce que la scène va offrir en jouant avec la part aléatoire du dispositif. L’enregistrement de la lumière et du mouvement des mécaniques foraines dévoile une fantasmagorie urbaine. Composé d’architectures de l’instant, ce monde n’existe qu’après sa révélation dans l’obscurité de la chambre et le temps long de la pose. Dès lors, la lumière devient un artefact et les feuillages obscurs s’imprègnent progressivement de la projection lumineuse à la manière d’un film photographique.

En explorant l’envers du décor comme on visiterait les coulisses d’un théâtre ou d’un plateau de cinéma, je cherche à évoquer la mythologie contemporaine de la ville spectacle et la manière dont des environnements artificiels contaminent la nature.
Les architectures éphémères et les fictions spontanées qui se glissent dans les interstices de l’apparente immobilité de la ville sont des thèmes récurrents dans mon travail. Cette série considère la fête foraine comme métaphore de la ville. Le regard posé sur les percolations entre un univers fantasmé en marge des territoires urbains et l’aube d’une forêt vient compléter un tableau de paysages hybrides que j’explore depuis plus de dix ans.
Jour de fêtes apporte une dimension nouvelle à cette recherche en révélant des artefacts qui n’apparaîtraient pas sans le temps de pose long de la chambre. Ces apparitions interrogent la porosité entre décor et paysage et projettent le spectateur dans des atmosphères où la limite entre réalité et fiction est troublée.

CW