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« Presque île »

Par Pauline de La Boulaye

 

L’approche photographique de Cyrille Weiner est plus poétique que documentaire, même lorsqu’il collabore avec des architectes et des urbanistes dont il partage généralement la vision humaniste. Son travail s’attache moins à la topologie qu’à la façon dont l’homme occupe un espace pour y créer des liens et y loger ses rêves. A l’occasion d’une résidence à la villa Noailles à Hyères, il explore les rivages des environs et repère des points de vue dans l’attente d’un moment où la réalité rencontre son imaginaire. La lumière tamisée de l’hiver ou de l’arrière-saison, comme les rayons obliques d’une fin d’après-midi, donnent à la Méditerranée un air de Bretagne, celle de ses souvenirs.

Des personnages lointains évoluent paresseusement entre « montagnes et eaux » : cette traduction chinoise du mot « paysage » qui en fait une ressource vitale plutôt qu’un objet à contempler. Terre et mer s’interpénètrent dans le cadre, tandis que la composition classique met l’homme à distance, au sein d’une nature qui l’abrite sans l’écraser. Des groupes se réunissent à l’ombre des grands arbres, se reposent sur le sable argenté d’une plage jonchée d’accessoires aux couleurs acidulées, ou encore cheminent emmitouflés dans un décor en attente. Ils embarquent pour Cythère et leurs pas tracent des sentiers d’où l’on découvre la mer au détour d’un buisson. Dans une marine à la mer agitée, ils se réfugient derrière la fenêtre rouge d’une baraque où un Robinson rêve peut-être d’un « presque paradis ».

Pauline de La Boulaye

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